Concert – SCHUMANN, BRAHMS
dimanche 22 mars 2026 - 17:00

Paroisse St Vincent De Paul - 96 Boulevard Jean Jaurès, 92110 Clichy

Robert SCHUMANN
Manfred, Ouverture, Op.115

Johannes BRAHMS
Symphonie N°1, Op.68

Direction : Fabrice Caracciolo

Tarifs: Participation libre

LE MOT DU CHEF

Robert SCHUMANN (1810 – 1856)

Robert Schumann naît le 8 juin 1810 à Zwickau, en Allemagne. Passionné par la musique, il s’initie au piano. Après des études de droit, il choisit définitivement une carrière musicale. En 1830, il rencontre Friedrich Wieck, illustre professeur de piano et père de Clara Wieck, virtuose du piano. À 20 ans et sous l’égide de son mentor, Robert Schumann livre ses premières compositions musicales. Très vite, les premiers symptômes d’une maladie mentale viennent toutefois entraver son parcours musical. Il concentre toute sa vie sur la création musicale et sur son idylle avec Clara Wieck. Il livre des œuvres passionnées telles que Fantaisie, op. 17 et les Phantasiestücke op. 12, suivies de la Symphonie du printemps, inspirée par les joies de la paternité. Au fil des années, Robert Schumann enchaîne les compositions et les représentations aux quatre coins de l’Europe. Fragilisé par la maladie, il alterne ensuite les périodes créatrices et les crises de démence. En 1854, après un énième acte de folie, Robert Schumann est interné au sein de l’asile d’Endenich à proximité de Bonn. C’est là qu’il passe les deux dernières années de son existence en proie à la folie. 

Robert Schumann meurt le 29 juillet 1856.

Manfred, Ouverture, Op. 115 (1852)

Les dix dernières années de Schumann portent le rêve d’une forme lyrique nouvelle qui constituerait la synthèse de son expérience musicale, tout en s’adressant directement à un large public allemand. Ses ouvrages lyriques, Le Paradis et la PériGenovevaManfredle Requiem pour MignonLe Pèlerinage de la rose et les Scènes de Faust ne participeront que de manière très indirecte à la renaissance de l’opéra allemand. 

Manfred se présente sous la forme d’un mélodrame pour cinq récitants, chœur et orchestre, et est créé par Franz Liszt à Weimar, en 1852. Robert Schumann s’est inspiré de Byron, dont l’ombre très noire plane sur toute la création musicale et picturale de son temps. Son poème dramatique Manfred évoque la destinée fatale de celui qui, après avoir aimé sa sœur Astarté, et causé sa mort, recherche partout l’oubli et finit par mourir à son tour, prisonnier de ses remords et de son orgueil. 

De cette œuvre si novatrice, mais qui en son temps n’a connu qu’un faible succès, ne demeure guère que l’Ouverture qui, elle, n’a pas abandonné le répertoire traditionnel des concerts. Dès le 14 mars 1852, Schumann en donne isolément une première audition. Elle rend compte du climat général du mélodrame avec les deux thèmes évoquant la détresse d’Astarté qui encadrent celui, particulièrement tourmenté, de Manfred.


Johannes BRAHMS (1883 – 1897)

Le jeune Johannes étudie l’histoire, les mathématiques, le français, l’anglais et le latin. Parallèlement, il apprend les premiers rudiments de la musique avec son père puis prend des leçons particulières de piano et de violoncelle. Après quelques années, un professeur de renom l’accepte comme élève. Johannes continue donc l’étude du piano, complétée par un apprentissage théorique de la musique. Dans cette classe, il découvre Johann Sebastian Bach et les compositeurs classiques viennois.

La vigueur et la fougue dont fait preuve le jeune Brahms au piano répondent à son enthousiasme pour la poésie romantique allemande. Ce caractère passionné de Brahms pour la littérature et la musique et son talent de musicien n’en font pas moins quelqu’un de timide et réservé. Sa modestie, combinée à son exigence au travail, le poussera toute sa vie à détruire des partitions qui ne lui semblent pas satisfaisantes.

1853 est une année charnière dans la vie de Johannes Brahms. Sa vingtième année est consacrée à une tournée de concerts en Allemagne. Il rencontre les grands compositeurs de son temps : Franz Liszt, Hector Berlioz, Robert et Clara Schumann. Fait remarquable, Robert Schumann, suite à cette rencontre, écrit dans son journal à la date du 30 septembre : Brahms est venu me voir, un génie.

Encouragé par son aîné, Brahms persévère dans la composition et compose pour l’orchestre deux Sérénades et le Concerto pour piano n° 1 dont le deuxième mouvement serait un « portrait délicat » de Clara Schumann.

Pour gagner sa vie, il donne des concerts en tant que pianiste puis comme chef d’orchestre. Sa renommée sur le continent traverse les frontières. Afin d’être libre de composer à sa guise, Brahms refuse des postes importants à la tête d’institutions musicales. Toutefois, en 1862, il accepte le poste de directeur de l’Académie de chant de Vienne. 

En 1872, il devient directeur des concerts de la Société des Amis de la Musique de Vienne. C’est dans cette ville qu’il fait la rencontre de Richard Wagner, compositeur dont il admire et défend la musique. En 1870, à Munich, il assiste d’ailleurs aux premières de deux opéras de Wagner : L’Or du Rhin et La Walkyrie.

La musique de Johannes Brahms est enracinée dans la tradition mais il est aussi un musicien de son temps. C’est pourquoi, animé par l’esprit romantique, il amplifie ces formes. Brahms ne renouvelle pas les formes classiques de la musique, il compose selon les formations et les modèles existants. Mais ce moule formel classique est investi par son approfondissement du développement tel qu’inventé par Beethoven. À peine énoncée, chaque idée thématique est commentée, variée, notamment à partir des outils du contrepoint hérité de Bach. Cela donne sa densité polyphonique à la musique brahmsienne. Il ne s’adonne pas au genre alors en vogue de la musique à programme, qui adopte la forme de l’histoire « racontée » : les contrastes sont le reflet des rebondissements contenus dans le récit et les personnages sont représentés par un thème joué par un instrument particulier et dont les nuances précisent l’humeur et l’évolution tout au long de la partition. Brahms n’a pas composé d’opéra non plus. En revanche, nombreuses sont ses œuvres lyriques composées d’après un texte littéraire. À celles-ci s’ajoutent les pièces instrumentales dont le thème est tiré d’un lied.

À la fin de sa vie, Johannes Brahms se retire de la vie publique. Sa rencontre avec le clarinettiste Richard Mühlfeld revêt une importance particulière. En effet, cette amitié et la redécouverte d’un instrument au timbre velouté, la clarinette, stimulent l’imagination du compositeur. Il écrit en hommage à cet ami plusieurs pièces de musique de chambre empreintes d’une profonde mais sereine mélancolie. De cet esprit sont à rapprocher ses dernières pièces pour piano, miniatures qui signent elles aussi le testament musical de l’Allemand du nord tombé amoureux de l’Italie et de la lumière des Alpes autrichiennes.

Johannes Brahms et la symphonie

Robert Schumann, entendant dans les sonates pour piano de Johannes Brahms, des « symphonies déguisées », n’a de cesse de pousser Brahms vers l’orchestre. Malgré un métier sûr, acquis notamment au fil d’études poussées des partitions de ses prédécesseurs, le jeune compositeur rencontre des difficultés à réaliser les espoirs de son aîné, et il confiait encore en 1872 : « Je ne composerai jamais de symphonie ! Vous n’imaginez pas quel courage il faudrait quand on entend toujours derrière soi les pas d’un géant ». Ce géant dont il parle, c est Beethoven !

Brahms attend d’avoir derrière lui un concerto pour piano, ses deux sérénades et ses Variations sur un thème de Haydn (et d’avoir dépassé 40 ans) pour mener à bien sa première symphonie.

L’achèvement, en 1876, de la Première Symphonie semble entraîner chez lui une véritable libération psychologique, et la Deuxième est créée en décembre 1877. Suivent en 1883 la Troisième Symphonie et en 1885 la Quatrième, toutes ces partitions qui firent de Brahms l’un des plus grands symphonistes de la fin du XIXème siècle, aux côtés de Bruckner et quelques années avant Mahler.

Symphonie n° 1 Op. 68 (1876)

  1. Poco sostenuto – Allegro 
  2. Andante sostenuto 
  3. Poco allegretto et grazioso 
  4. Adagio – Più andante – Allegro non troppo ma con brio – Più allegro

Sa première exécution a lieu à Karlsruhe sous la direction de Felix Otto Dessoff, le 4 novembre 1876. Révélée bientôt à Vienne, elle est saluée par la critique.

1- Poco sostenuto/allegro

L’introduction, d’abord compacte, rythmée par les timbales, s’allège et se chromatise en un second temps. L’allegro qui s’enchaîne, à la fois dynamique et austère, révèle des réminiscences de la Cinquième Symphonie de Beethoven. La tension domine ce mouvement, aux cellules brèves, aux staccati serrés ; et l’apaisement d’un second thème au hautbois, harmonisé en choral, n’apporte qu’une brève diversion. Des éléments thématiques de l’introduction se retrouvent dans l’allegro, en particulier dans la partie développement. De même, la coda semble vouloir revenir à l’idée du début, avant de conclure en mode majeur. 

2. Andante sostenuto

C’est là une page de pur romantisme, laissant s’épancher des mélodies de plus en plus ornées ; la partie centrale met en valeur le hautbois, la clarinette, puis l’ensemble des bois, dialoguant avec les cordes. La reprise du premier thème est confiée au violon solo. 

3. Poco allegretto e grazioso

Ce troisième mouvement revêt la forme d’une pastorale, dont le début semble joué sur les registres doux d’un orgue. La clarinette trace une mélodie ingénue à laquelle répliquent des descentes de tierces en rythmes pointés, dominées par les flûtes. La partie centrale passe à un palier supérieur d’énergie, avec une instrumentation légèrement plus fournie, paraphrasant un motif dont le contour est dérivé du thème initial. 

4. Adagio/più andante/allegro non troppo ma con brio/più allegro

Dans ce mouvement aux larges proportions et au cheminement complexe se succèdent plusieurs épisodes différents : reptations d’accords, répliques de pizzicati, animation, passage d’ut mineur en ut majeur et premier débouché dans un motif hiératique au cor. Le thème principal du mouvement se révèlera dans son étonnante similitude avec celui de l’Ode à la joie beethovénienne, ce qui a valu à cette première symphonie de Brahms d’être surnommée « La Dixième de Beethoven ». Mais jusqu’à la fin, tous les thèmes des sections préliminaires reviendront épisodiquement, cimentant la forme originale d’un finale qui apparaît comme la résolution de conflits multiples.