Concert TCHAÏKOVSKI
dimanche 23 juin 2024 - 17:00

Paroisse St Vincent De Paul - 96 Boulevard Jean Jaurès, 92110 Clichy

Piotr Ilitch TCHAÏKOVSKI
Symphonie n° 6 « Pathétique »
I. Adagio-Allegro non troppo
II. Allegro con grazia
III. Allegro molto vivace
IV. Finale. Adagio lamentoso

Direction : Fabrice Caracciolo

Tarifs: Participation libre

LE MOT DU CHEF

Piotr Ilitch TCHAIKOWSKI (1840 – 1893)

Piotr Ilitch Tchaïkovski naît en Russie le 7 mai 1840 dans un milieu aisé. Il reçoit très jeune des cours de piano. En 1852, il entre à l’école de droit de Saint-Pétersbourg, tout en prenant des cours de piano, il chante dans un chœur. En 1859, il obtient un poste de secrétaire au ministère de la Justice.
Quatre ans plus tard, il quitte ses fonctions au ministère et poursuit des études musicales au conservatoire de Saint-Pétersbourg qui vient d’être ouvert. Il s’inscrit aux cours de composition, d’orchestration, de flûte et d’orgue. Nicolas Rubinstein crée le conservatoire de Moscou, et demande en 1866 à Tchaïkovski d’y enseigner l’harmonie.
Tchaïkovski commence ainsi une carrière reconnue. En 1867, il compose sa Symphonie n° 1, qui connaît un grand succès. Il rencontre alors les musiciens du groupe des Cinq ; les premiers contacts sont chaleureux.
Il écrit en 1869 son tout premier opéra, Le Voïévode mais cette fois ne rencontre que peu de succès auprès du public. En 1870, Balakirev, le chef de file du groupe des Cinq, lui commande un poème symphonique pour la Société musicale russe. Il compose Roméo et Juliette qui reçoit un accueil triomphal.
Tchaïkovski, d’une nature très sensible, n’est hélas pas toujours compris par son public et ses amis compositeurs. En 1875, il compose son Concerto pour piano n° 1 qu’il dédie à Nicolas Rubinstein, son directeur. Celui-ci juge l’œuvre mauvaise. Ce concerto n’est pas créé en Russie mais à Boston, avec un succès qui ne s’est depuis jamais démenti. Tchaïkovski reçoit, en 1876, une commande de ballet pour le théâtre impérial. Il s’agit du célèbre Casse-Noisette, très mal reçu lors de sa première création. Cette œuvre est du reste absente du répertoire des ballets de Russie durant de nombreuses années.
En 1871, Tchaïkovski rencontre en France Camille Saint-Saëns et Georges Bizet. Puis en 1876, à Bayreuth, en Bavière, en tant que critique musical, il rencontre Franz Liszt et écoute la musique de Richard Wagner, qu’il n’apprécie pas. Son voyage à Paris, en 1885, est l’occasion de rencontrer des éditeurs afin de faire publier ses œuvres en France. En 1886, il se fait cette fois connaître comme chef d’orchestre, et effectue, dès 1888, une tournée de concerts européens. Il est très chaleureusement accueilli. Il se rend aux États-Unis en 1891 où il est reçu triomphalement. Il a même l’occasion de participer au concert d’inauguration de la célèbre salle du Carnegie Hall de New-York en y dirigeant ses propres œuvres. Sa tournée européenne en 1893 le conduit à Cambridge, où il est fait docteur « honoris causa » en compagnie des compositeurs Camille Saint-Saëns et Edvard Grieg. Il meurt, en pleine gloire, le 6 novembre 1893.

Tchaïkovski et ses symphonies

C’est dans le domaine de la musique symphonique que Tchaïkovski trouve un accomplissement à la mesure de son romantisme. Avec le grand orchestre symphonique, il trouve la palette de couleurs et de timbres variés qui lui convient. L’écriture de ses six symphonies s’étale de 1866 à 1893 : ce sont les premières symphonies romantiques russes, aux dates où d’autres compositeurs comme Dvořák, Bruckner, Brahms composent eux aussi l’essentiel de leurs symphonies. Les trois dernières symphonies sont écrites en 1877, 1889 et 1893. Elles sont composées avec l’idée d’un programme où le destin apparaît musicalement important. Tchaïkovski y transcrit son drame personnel. Dans ses symphonies, le compositeur s’est souvent reproché de n’avoir pas su garder l’équilibre des formes : il peut en effet amplifier démesurément certains mouvements, suivant son inspiration.

La composition de la symphonie n° 6

Cette dernière symphonie essentiellement composée à Klin, résidence du compositeur, est sa dernière grande œuvre. Il explique lui-même, dans ses lettres, comment le désir de commencer l’écriture d’une symphonie lui est venu : au cours de mes voyages, j’ai eu l’idée d’une autre symphonie, une symphonie à programme cette fois-ci, mais dont le programme restera secret pour tout le monde. Qu’on le devine. Ce programme est profondément empreint de sentiments subjectifs, et maintes fois (…), en la composant mentalement, j’ai beaucoup pleuré. Il dédie cette œuvre à son neveu Bob Davydov, qui manifeste peu d’intérêt au travail de créateur de son oncle. Le premier mouvement est écrit d’un jet, en cinq jours seulement.
Puis le compositeur s’absente de Klin pour un de ses nombreux voyages. De retour un mois plus tard, il écrit ensuite le finale, le second puis le troisième mouvement. Après avoir écrit les esquisses de cette symphonie, Tchaïkovski termine l’ensemble en écrivant cette fois l’orchestration, en juillet de la même année. Sur ses manuscrits, à la fin de l’été, il conclut : fin de la symphonie. La mention « pathétique » semble voulue par le compositeur lui-même, bien que celle-ci n’apparaisse pas sur les programmes de concert lors de la création de la symphonie, le 16 octobre 1893. Le véritable « programme » – que le compositeur a voulu garder secret – semble être celui de sa propre existence, à un moment très difficile pour lui. Il meurt peu de temps après, cette dernière symphonie résonnant comme son testament musical.

Premier mouvement

Le tout début de l’œuvre commence par une introduction lente, un adagio, dans les profondeurs de l’orchestre. Sur l’assise sonore des contrebasses, un thème sombre et plaintif émerge, joué au basson : cette mélodie lente, sorte de murmure étouffé, présente une progression de trois fois quatre notes s’élevant péniblement vers les aigus. La phrase est répétée, suivie d’une triste plainte des altos, ligne mélodique descendante et ritenuto. À cette courte introduction succède avec contraste un passage plus rapide indiqué Allegro non troppo par le compositeur. Le thème lent du début est repris, mais cette fois dans un climat haletant, avec des traits rapides de doubles croches. L’intensité dramatique va croissant, le dialogue entre le pupitre des bois et des cordes devient de plus en plus tendu, pour aboutir au premier tutti de l’orchestre, avec l’ensemble des cuivres : le premier thème, entendu dans l’introduction, est réentendu cette fois aux trompettes, nuance fortissimo. Après un grand decrescendo, le tempo ralentit.
Apparaît alors le second thème : très sentimental, chantant, il est joué par les violons et violoncelles avec sourdines, accompagnés par les cors et les bois graves, sur pédale des contrebasses.
La partie centrale voit le retour et le développement du premier thème, énoncé d’abord par les violons, fortissimo, et marqué « féroce » sur la partition. Un nouveau thème apparaît au sein de ce développement central : il s’agit en fait d’un extrait de la messe des morts orthodoxe, correspondant aux paroles « Qu’il repose avec les saints ». Après la réexposition des deux thèmes principaux, le mouvement se termine par un choral des vents, sur une gamme descendante des cordes en pizzicato, qui disparaît progressivement.

Deuxième mouvement

À ce premier mouvement tragique succède un mouvement plus souriant, une valse, écrite sur un rythme à… cinq temps ! Cependant, ici nulle asymétrie n’est ressentie à l’écoute. Le long thème de dix-huit mesures, joué aux violoncelles, est répété aux bois avant d’être repris, puis varié.
La partie centrale retrouve un peu du climat sombre du premier mouvement, notamment avec l’ostinato des contrebasses et des timbales, qui résonne comme le destin. Finalement, le premier thème réapparaît, alternant aux bois et aux cordes.

Troisième mouvement

La musique de ce mouvement est d’un élan continu, sans repos, dans un tempo rapide. Il s’agit en fait d’une sorte de danse, un scherzo. Le premier thème, léger et joyeux, est exposé aux violons, agrémenté de quelques échanges avec le pupitre des bois.
Un second thème, qui apparaît en réalité dès le début du mouvement, est un rythme de marche, fondé sur deux intervalles de quartes.
Le premier thème revient avec force et obstination, mais le deuxième l’emporte dans un grand tutti orchestral, nuance fortissimo.

Quatrième mouvement

Tchaïkovski s’est souvent accusé de ne pas réussir à suivre des formes rigoureusement classiques. C’est ici le cas : il termine en effet sa symphonie par un mouvement lent. Le premier thème est joué par les cordes, avec une écriture croisée entre premiers et seconds violons. Il s’apparente au thème central du deuxième mouvement.
Sur un ostinato rythmique des cors, le deuxième thème, très lyrique, apparaît aux violons 1 et altos dans la tonalité plus lumineuse de ré majeur.
Après un grand crescendo qui se termine par un silence soudain et dramatique, le premier thème revient pour mener le mouvement à son point culminant, dans un tutti fortissimo. Puis la tension commence à retomber lentement. Un choral est énoncé par les cuivres dans le grave, puis le second thème est réentendu, dans une tonalité plus sombre. Joué par les cordes avec sourdines, il se dissout dans le registre grave. Ne subsistent plus, finalement, que violoncelles et contrebasses, sur un ostinato mourant évoquant la pulsation cardiaque d’un grand cœur s’arrêtant de battre.